Les Couleurs de l’Info : Ép. 12
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Texte 1
Ce weekend il y a des élections en Moldavie, ce petit pays qui est juste là, à côté, à 60 km d’Odessa. Ce petit pays dont une partie, la Transnistrie, est congelé depuis des années comme base militaire russe un peu inutile pour le moment, car pas d’avion, difficile de s’en servir. On est plutôt inquiet, car, les partis soupçonnés d’être pro-russe, y en a un paquet. Les chaînes de télévision russes, malgré les restrictions, sont accessibles, et les gens les regardent. Des rumeurs aussi, comme quoi des centaines de millions d’euros sont investis pour acheter des votes. Les russes, ne pouvant pas depuis un moment aller plus loin en passant par Kherson et Mykolaiv pour prendre Odessa et couper ainsi à l’Ukraine l’accès à la mer, on les soupçonne beaucoup de vouloir profiter de ces élections pour virer la présidente et s’emparer du pays, pour pouvoir, bien sûr, nous prendre par derrière. J’ai regardé la carte. À part la Hongrie et la Slovaquie, dont les gouvernements sont soupçonnés également d’être pro-russe, et la Pologne, qui est loin d’être le même allié de l’Ukraine qu’en 2022, il reste un tout petit bout de frontière avec la Roumanie. J’ai regardé la carte pour essayer de comprendre mon futur trajet de fuite si jamais ce scénario se déroulait, car dans ce cas rester serait suicidaire, mais j’ai vu aussi que stratégiquement c’est très loin d’être con. C’est même évident. À y ajouter les drones et les avions qui taquine, si j’ose dire, de plus en plus, les pays baltes et la Roumanie, et l’Otan qui tôt ou tard va être obligé de réagir d’une manière ou d’une autre, on n’est pas sorti de l’auberge. Les réactions de l’Otan, d’ailleurs, ça devrait prendre une bonne partie des analyses dans des bouquins qu’on va écrire après, quand tout sera terminé, un jour, peut-être. Vous verrez, les avions et les drones vont continuer de violer l’espace aérien de l’Otan, après il leur suffit d’organiser quelques provocations et d’envoyer quelque milliers de soldats, par exemple, en Estonie, pour protéger les russophones de Narva, pourquoi pas. Il parait qu’ils sont bien réduits en droit depuis des années. Le temps que l’Otan réagisse proprement, on sera déjà dans une situation encore plus compliquée qu’aujourd’hui. Quelques milliers d’hommes, pour la Russie, ce n’est que dalle. Ça les empêchera pas de s’occuper de la Moldavie et de l’Ukraine. Au contraire, ça les aiderait, car cela finirait par forcer l’Europe à consacrer tous ses efforts à la protection de ses frontières à elle. Je n’essaye pas de prévenir ou de prédire, c’est presque garanti maintenant, ça saute aux yeux. Vous vous souvenez peut être que je me plaignais du fait que le monde civilisé continue à financer Poutine en lui achetant du gaz et du pétrole ? Non ils n’ont pas arrêté, mais ils ont reconnu le problème, après toutes ces années. Ils vont en discuter, ils vont décider, ils vont s’auto-convaincre. Ils disent même que c’est la première chose à faire pour couper les appétits de Poutine. La première chose à faire qui passe après les restrictions de visa pour les Russes, bien sûr. Combattre les touristes, ce n’est pas trop difficile mais ça reste une victoire, on se sent moins impuissant, j’imagine. Bref, désolé si j’ai offensé quelqu’un par mon sarcasme demi-cuit, ça vient de l’impuissance, de la fatigue.
La fatigue, qui provient peut être de l’absurdité des systèmes politiques qui s’ajoute à l’absurdité de la guerre, et ça dure et ça dure, on n’en voit pas la fin. Quand je vois qu’après tout ce qui s’est passé il faut encore et encore répéter les choses évidentes j’ai envi de devenir muet. On a crié, on a supplié : aidez l’Ukraine, envoyez tout ce qu’il faut et très vite, afin qu’elle puisse se protéger, afin qu’elle puisse arrêter l’agression avant qu’elle grandisse, afin qu’elle puisse vous protéger aussi. Arrêtez de financer Poutine en lui achetant sa marchandise. 20 paquet de sanctions, à quoi ça sert si le plus gros morceau de ses revenus est maintenu ? C’était une chance pour l’Europe d’assurer sa sécurité sans même se salir les mains. C’est fini, maintenant. Bravo à nous tous. Bienvenu à bord, quoi.
Texte 2
Inacceptable, c’est bien le mot. N’acceptez donc pas, arrêtez d’accepter. Sinon, à quoi ça sert de le répéter si ce n’est que pour prouver à Poutine que tout ce qu’il a fait jusque-là est bel et bien accepté ? Et il en a fait des choses. Je dit il, mais c’est pour simplifier. Il y a longtemps qu’il n’est plus le seul. Il a tellement entraîné le pays dans cette doctrine du « tout le monde est contre nous », il a créé tellement de bénéficiaires de cette guerre à tous les niveaux au cours de ces presque quatre années, que même s’ils ne sont pas encore fanatiques, il sera déjà difficile de les convaincre d’arrêter, ce qui pourrait causer beaucoup plus de problèmes à son pouvoir que s’il continuait à escalader progressivement le conflit. Ça fait marcher le commerce, hein ? La production militaire en Russie ne fait qu’augmenter. Certains disent que bientôt l’économie russe va s’écrouler, il suffit d’attendre. Même si c’est le cas, je les vois très bien se serrer la ceinture, ce ne sera pas pour la première fois. Continuons d’accepter l’inacceptable et nous allons revoir encore et encore ce qu’est c’est que les gens qui n’ont plus rien à perdre à par leur chaînes. La pauvreté, mélangée avec de la propagande bien orientée, garnie d’une isolation des citoyens ordinaires, tant de l’extérieur que de l’intérieur, assaisonnée par la persistance, malgré tout, des achats de pétrole et de gaz russes, il ne va pas être bon ce plat, mais on va être servi quand même. D’ailleurs, dimanche dernier, j’ai essayé d’appeler ma mère et ma tante par whatsap et telegram, aucune chance, ils ont réussi à les bloquer. Un an, deux ans, Poutine va être content d’avoir récupéré son union soviétique ressuscitée. Je disais pas mal de choses assez désagréables des politiciens du monde civilisé, mais tout compte fait, ils ne sont ni bêtes ni ignorants, j’ai eu tort. Ils sont juste assez longs pour prendre leurs décisions. C’est le problème des démocraties. Le prix à payer quoi. Sauf que, il peut se révéler très cher, ce prix. L’Ukraine, pays en pleine guerre, on se permet nous aussi des décisions très longues, alors que ça nous coûte des vies, en temps réel. Alors que chaque seconde de retard, d’hésitation, est mortelle. Ce n’est que maintenant que le gouvernement a permis d’exporter toutes ces choses militaires que les inventeurs ukrainiens produisent depuis le début. Les munitions, les drones. Ils arrêtent pas d’en sortir encore et encore mais pour la production massive il faut de l’argent en masse dont l’État ne disposait pas, pourquoi alors interdire la vente jusque là ? Tout le monde les veut en plus. Les armes modernes, pas chères, efficaces, déjà testées sur les champs de bataille, qui répondent aux besoins actuels. Si c’est déjà possible, je m’adresse aux gens qui prennent ces décisions, achetez-en, ne tardez pas, ça nous aidera tous. En attendant, je voudrais que vous écoutiez cet extrait du reportage de Maurine Mercier qui s’est rendu cette fois à Kherson, ville bombardée au quotidien. Au cas où vous avez oublié ce que c’est que l’armée russe. Au cas où on n’a pas fourni assez d’information sur le prix, que payent les citoyens ordinaires pour les décisions qui traînent trop longtemps.
Texte 3
Se taire. Ne plus rien dire, j’y pense souvent. Et je me coupe à chaque fois, parce qu’au fond je sais, que je n’ai pas le droit. Je ne me sens pas obligé, non. Mais la conscience me rattrape. Elle me dit, y aura peut être une oreille bien placé au bon endroit, au moment de la diffusion, qui va croiser ne serait-ce qu’une phrase parmi les autres et ça va aider, ça va percer cette boule de neige d’hypocrisie qui, en passant par la gorge, se transforme en avalanche qui va peut-être tous nous enterrer, bouches et oreilles. Mais ce n’est pas convaincant, à ce point. Tant pis, si ce n’est pas évident, me dis-je. Chacun pour soi, hein, comme toujours. Et puis, je me coupe de nouveau, le froid dans le dos cette fois. Chacun pour soi, sérieux ? C’est cela, qu’il faut en déduire ? C’est vers cela, que les forces du mal, s’ils existent, nous poussent ? Profiteur, va. Opportuniste. Tant pis, si les haut placé font semblant d’être sourds, ils ont leur raisons, peut-être, qui es-tu pour les juger, pour les accuser, pour les séparer des autres humains, qui ne font que ce qu’ils peuvent, à leur place, faisant de leur mieux, en fonction de leurs moyens. Même les pires des pires, selon les autres, selon eux, ils essayent. Ils pensent qu’ils essayent d’arranger, de faire du bien. On est beaucoup à avoir cette image de nous-même. Si je pouvais sortir de cette guerre sans vouloir plus jamais juger et accuser qui que ce soit, je serais sûrement plus heureux. Je serais sûrement plus humain. C’est ça, le vrai combat, rester humain, malgré tout. Le vrai combat de toute cette vie, pas seulement d’une telle ou telle guerre, qui ne sont qu’une chance de plus, très cruelles, certes, pour retrouver, enfin, son humanité ensevelie sous les décombres de toutes sortes de désaccords. On pourrait dire, que les désaccords sont dus aux autres humains, mais si on se calme, si on se tait, et si on observe, on trouvera le vrai responsable assez vite. Il ne va pas pouvoir se cacher longtemps, il déteste qu’on le voie, il se sent de suite vulnérable. Alors il nous lance des boules de neige faites de ressentiments, de déceptions, d’espoirs déçus, de blessures, de jugements, de convictions. Tout ce qui lui tombe sous la main, tant que c’est assez gros afin que nous ne le remarquions pas. Parce qu’il a peur. Il a peur d’être découvert. Il n’a pas confiance. On l’a tellement bombardé nous aussi. Nous et les autres, et avec des choses beaucoup plus lourdes des fois. Sans pitié, pensant bien faire, ça va de soi. Mais n’en prenant pas soin du tout. L’humiliant, comme si c’était quelque chose dont nous devons nous débarrasser au plus vite, alors qu’on est né avec. Et peut-être pas sans raison. Appelons-le notre égo, notre âme, notre cœur, notre enfant intérieur, dieux, diable, peu importe, franchement. L’essentiel est qu’il est toujours là et qu’on ne le respecte pas, pour commencer. On le traite mal, on l’ignore, on lui interdit son existence même. Et il s’en prend aux autres, à travers nous, c’est tout naturel, il n’a aucun autre que nous pour signaler sa présence, pour exercer son droit d’exister. En ces temps durs qui nous sont déjà arrivés, je n’ai pas envie d’appeler à la paix, surtout pas à la guerre, mais au respect. Le respect, envers soi-même d’abord. Le respect, envers les autres, même si on ne partagent pas les mêmes idées et encore moins les mêmes valeurs. Envers même son ennemi, malgré les choses horribles qu’il peut emmener. On a vécu ça en Ukraine au tout début de l’année 2022, suite au choc, sûrement, mais le respect et la dignité étaient notre nouvel ADN face à cette menace bien réelle, bien existentielle. Je n’oublierai jamais. Ça nous a sauvé à l’époque. Cela nous a montré ce dont nous étions capables en matière d’humanité. On n’a pas trop compris, on apprécie souvent les choses à leur juste valeur seulement après les avoir perdus. La bureaucratie, d’ailleurs, n’existait pratiquement pas en cette courte période, on se faisait confiance par défaut. C’est la deuxième chose qui nous a sauvé. Pensez-y, peut-être, on n’a pas vraiment le temps. Je nous souhaite à tous de rester dignes de ce qu’on est à la base : les êtres humains. Malgré les épreuves qui nous envahissent. N’hésitez pas à m’envoyer un petit mot, un petit message, si je peux vous aider avec des renseignements, des contacts ou autre chose, je suis votre homme.
| Titulaire du compte | Antoine Gerard Claude Gautheron |
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