Un russe en Ukraine
Le blog d'Artem SAVART

Rapport numéro 1

Je suis content et satisfait de pouvoir partager avec vous quelques détails et photos du déroulement de notre mission « Électricité ».

Préambule

J’ai reçu les clefs de l’endroit que j’ai loué pour cette mission avant la fin de l’année 2022 et toute de suite après l’arrivée inévitable de l’année suivante accompagnée d’une alerte et des missiles, je me suis mis aux préparations.

Je n’ai pas récolté toute la somme que je prévoyais pour pouvoir l’ouvrir, mais vu que j’allais recevoir ma paye pour un site et qu’un monsieur très chaleureux de la Belgique, qui m’a entendu à la radio, m’a proposé d’envoyer un générateur super moderne de 8 KW, qu’il avait en stock chez son fournisseur, j’ai bien sûr préféré ne plus attendre.

De toute façon, depuis que je m’occupe de cette idée, je n’ai eu aucun obstacle et je n’ai jamais été aussi sûr et sans inquiétude à propos du résultat. Je sais, qu’on va y arriver et encore mieux que je n’osais le penser au début.

Comme prévu, on va d’abord ouvrir les portes du premier endroit avant et après je vais m’occuper de l’ouverture des autres, autonomes en énergie et connexion pour qu’encore plus de gens puissent continuer leur travail à distance, apportant de l’argent à leur pays en guerre, nourrissant leurs familles, faisant de l’humanitaire, malgré les coupures qui recommencent.

À l’intérieur du premier espace

Le premier ne pourra placer que 15 personnes, ce qui pourrait sembler insignifiant. Mais on gagnait bien notre vie en Ukraine avant la guerre et même après le 24 février. Beaucoup de gens talentueux qui travaillaient avec l’Europe, le Canada et les États-Unis faisaient entrer tous réunis énormément d’argent de l’étranger, sans rien demander à personne, malgré les bombardements. On travaillait sous le bruit des missiles, en s’arrêtant juste pour se remettre quelques minutes en forme après des explosions. Parce que l’on sait à quel point le talent de chacun est important pour la victoire.

Et ce n’est qu’avec les coupures d’électricité, que c’est devenu vachement compliqué. Au point de ne plus pouvoir continuer notre combat informatique dans ces conditions. Les places dans les cafés et restaurants équipés des groupes électrogènes se sont vite remplis. Les coworkings vite faits et mal arrangés permettaient bien sûr de faire quelques tâches, mais on y était assis les uns sur les autres.

Donc, 15 personnes, qui pourront continuer leur travail à distance dans les conditions confortables, ce n’est pas rien, ça va servir beaucoup. Et quand je me promène dans la ville je vois qu’il y a des espaces beaucoup plus grands à louer, ce qui permettra aux endroits suivants de donner encore plus de places chacun.

Et maintenant aux détails.

L’endroit

L’endroit se trouve pas loin de la gare centrale, en sous-sol, c’est un ancien bar. Les murs d’une épaisseur de 80 cm permettront bien de rester protégé et continuer le travail même pendant les bombardements. Il y a trois pièces pour les bureaux, un WC (on dirait un trône !), une cuisine, une petite zone de repos et même une petite pièce qui servait autrefois de salle de lavage que je vais transformer en une salle de communication, pour que les gens puissent appeler leurs clients sans faire trop de bruit, ce qui empêcherait sinon les autres de travailler tranquillement.

Les mesures

À l’entrée il y a une grille, qui cachera le générateur et à laquelle on fixera deux grands panneaux avec des prises de courant, afin que ceux qui passent par là puissent recharger au moins un peu leurs appareils. Et en face de cette grille, c’est juste une idée pour le moment, on pourrait placer un petit kiosque pour distribuer gratuitement du café, pour que les gens qui passent puissent aussi se réchauffer un peu le temps que leurs outils se chargent (mais pour un kiosque il faudra une permission des autorités). On va donc essayer de se servir de chaque centimètre pour aider encore plus.

La grille

Pour la location je me suis arrangé pour les trois premiers mois, cela ne m’a coûté que 500 euros. Pour la suite on avisera avec le propriétaire, mais ça ne va pas dépasser 300 euros par mois. Dans les temps normaux, d’ailleurs, un endroit comme ça va chercher aux environs de 1000 euros par mois.

Bien sûr cet endroit demande des travaux pour bien le transformer aux lieux de travail mais le tout ne dépassera pas normalement 800 euros.

On se prépare aux travaux

Et un coup de chance encore : juste avant de louer le propriétaire a pu faire la plupart des travaux, donc un coup de peinture, le travail d’électricien, des câbles, des barrières, quelques petits arrangements et on est bon. Ce qui est bien aussi, c’est que j’ai pas mal d’outils que j’ai déjà achetés à l’époque, qui me serviront pour les travaux.

Les bureaux

Chaque place contiendra une table, trois prises, une cloison de bureau avec des étagères si applicables, un fauteuil de bureau professionnel et une lampe. Ça coûte un peu d’argent pour le faire, mais c’est essentiel. La personne qui est à l’aise devant son ordi est beaucoup plus efficace, donc c’est justement dans les espaces de travail que je vais investir le plus, pour que les gens qui vont y travailler aident plus leur pays en faisant leur travail correctement et plus vite, pour que rien ne les empêche.

Les tables

C’est assez simple. J’ai trouvé les pieds configurables au prix de 18 euros (les quatre) et j’ai commandé les plateaux à 10 euros chacun. Donc, il ne me reste qu’à les vernir et à les assembler. Je vais en faire des photos pour vous, j’adore bricoler.

Les futures tables

Les cloisons

C’est un peu plus compliqué, mais je pense que j’ai trouvé la meilleure façon de les construire. J’ai commandé pour mes essais deux plateaux OSB et quelques planches, je vais bientôt m’amuser avec et si j’arrive à construire ce que je veux, une seule cloison ne coûtera pas plus que 20 euros. Et ça sera joli et efficace. Ça fera l’ambiance, ça aura des étagères de chaque côté et ça diminuera le bruit.

Quelques essais pour les cloisons

Les fauteuils

Ce qui est vraiment cher, ce sont les fauteuils. Je pourrais bien acheter des chaises à 15 euros, mais comme je travaille moi-même toute la journée assis devant mon ordinateur, je sais à quel point il est indispensable d’avoir un fauteuil bien adapté pour un travail de toute une journée. On peut bien se priver de tout, sauf ça.

Les fauteuils que je prévois

Pour le moment j’en ai trouvé un qui est parfait à première vue et j’ai commandé un exemplaire. En Ukraine il coûte 120 euros, mais j’ai vu qu’ils sont produits en Pologne et j’ai pu trouver les mêmes là-bas au prix de 70 euros. Si jamais il est vraiment parfait, je vais essayer de contacter nos amis polonais pour avoir les autres moins chers.

La cuisine

C’est important bien sûr d’avoir la possibilité de manger sur place. Comme c’était une cuisine professionnelle, elle est vraiment à arranger, mais si on regarde de plus près, il n’y a pas grand-chose à faire. La peinture sauvera l’affaire, je pense.

La cuisine en ce moment

Je vais y installer quelques petites tables, des chaises, changer les lavabos, ajouter un peu de vaisselle, une micro-onde, tout repeindre et il sera agréable d’y préparer et manger son petit-déjeuner ou son repas de midi.

Encore une chance, il y a déjà un tout joli frigo, qui fonctionne. Il est un peu bruyant, mais grand et professionnel, il va bien faire son boulot.

Monsieur Réfrigérateur

Internet, générateur, chauffage

Il n’y a pas de chauffage central dans cet endroit, mais cela ne m’inquiète pas trop. Déjà les murs gardent bien la température. En plus il y a la clime qui chauffe assez. Et si on arrive à faire parvenir le générateur qui nous a été proposé, on va aussi réchauffer grâce aux pertes de ce générateur, tellement il est moderne et bien réfléchi !

Quant à l’internet, j’ai déjà commandé l’installation de la fibre optique. Ça coûte 75 euros par mois, mais ça permet d’avoir la connexion même pendant les coupures vu que c’est une ligne directe. En plus je vais quand même commander un Starlink, pour être à 100 % sûr qu’on aura toujours du réseau.

La Résistance

C’est la dénomination, qui est venue toute seule dans ma tête, quand j’étais en train de chercher un nom qui conviendrait bien au réseau des endroits autonomes qu’on est en train de monter. Le logo est venu tout seul lui aussi, je l’ai fait en une heure.

Le logo de La Résistance

Vous pouvez y voir le trident et le signe du wi-fi, réunis dans un bouclier, qui, ensemble, reflètent le sens investi dans cette mission : électricité, connexion, protection et invincibilité. Et certains y voient même les vagues de la mer noire, qui nous feront penser après à Odessa, la ville, où cette mission a commencé.

Voilà. Je ne vous en dis pas plus pour le moment. Je tiens à vous remercier d’avoir participé à cette mission et je vous souhaite une très belle journée ! Si vous avez des questions ou des propositions, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires ou directement sur artem@savart.blog.

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