Un russe en Ukraine
Le blog d'Artem SAVART

Un an de guerre

Comment le décrire ? Et le faut-il vraiment ? J'ai toujours cette impression de vivre ce matin du 24 février. Je l'oublie des fois.

Mais quand j’y repense j’entends très bien ces quatre explosions. Dire, que j’ai été très étonné, non. On rigolait la veille, on n’y croyait pas. Mais en fait on ne l’acceptait pas tout simplement. Les troupes qui se regroupent le long des frontières d’un pays voisin, ce n’est jamais sans raison. Dire, que j’ai perdu quelque chose ou quelqu’un, non. Je dois être chanceux. À part ma famille. Mes grands mères, mon grand père, mes tantes, ma mère, ma petite sœur, qui n’a que deux ans, que je ne verrai peut-être plus. Qui ne me verront peut-être plus. En tout cas ma grand mère en parle sérieusement, qu’elle ne verra plus. Un être humain, ça vieillit. Assez vite. Mais on reste en contact. Ils sont inquiets pour moi, mais je les rassure et c’est vrai d’ailleurs : je suis heureux là où je suis, malgré la guerre, malgré tout ce qui nous arrive.

C’est le pays que j’ai choisi par intuition et maintenant je m’aperçois pourquoi. En fait j’ai toujours été entrepreneur dans ma vie. Dès l’âge de 19 ans je montais des business, je me débrouillais toujours pour créer quelque chose de beau : un produit, un site, un service. On peut rester créatif même dans une prison mais ce n’est qu’en sortant, qu’on peut présenter ce qu’on a créé. Pour rester ce que je suis, il faut que je reste libre. Et cette liberté, perdue en russie, je l’ai retrouvé en Ukraine. Je l’ai senti dès mon arrivée en 2019. J’ai senti que là je serai de nouveau libre. Libre de dire ce que je veux. Libre de faire ce que je considère nécessaire. Suivre mon cœur librement là où il me conseil d’aller.

Là en ce moment, il me conseil de continuer ce que je fais dans l’humanitaire pour aider ce pays à sortir au plus vite du mal, dans lequel il s’est retrouvé grâce à mes ex-compatriotes. On fait venir des camions et des camionnettes remplis de nourriture. On a construit un point d’invincibilité grâce à votre aide. On commence doucement à s’occuper du nouveau projet qui verra j’espère très bientôt le jour. La routine quoi, mais la routine qui fait chaud au cœur.

Pendant toute cette année, j’ai rencontré beaucoup de gens, j’ai parlé avec eux et je ne peux même pas en citer un qui n’a rien fait pour aider son pays. Maintenant ça fait partie de notre quotidien. On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a, et on essaye de faire plus. Et si je devais décrire quand même cette année en guerre, je dirais que ça se fête vraiment. Pas les morts, pas les missiles, cette tragédie, non. L’invincibilité. L’invincibilité des Ukrainiens, ça mérite bien d’être célébré. Comme le méritent tous ceux qui soutiennent l’Ukraine depuis le début. On n’a pas lâché et je vois que la majorité des gens maintenant ici en Ukraine ont confiance. Je dirais même, qu’on a déjà accepté l’idée de la victoire et la libération définitive de tout le territoire ukrainien dans le futur assez proche. Ce n’est plus qu’une question de temps. Juste un travail à terminer. Un travail bien lourd, bien fatiguant, bien risqué. Un travail de joaillier. Et on le fait. On le fera le temps qu’il faudra pour bien le terminer. Définitivement.

Ces derniers jours, on a souvent de l’électricité à la maison. C’est un beau cadeau je dirais, qui confirme encore une fois l’invincibilité de ce pays. D’un côté les Ukrainiens réparent assez vite les dégâts causés à l’infrastructure. De l’autre côté les russes ont dû comprendre, je pense, finalement, que ça ne mène à rien de gaspiller si j’ose dire, les missiles de cette façon. J’aimerai dire qu’ils n’en ont plus, des missiles, mais je n’en sais rien. Personne ne sait je pense, donc on continue notre combat.

Comme j’ai pu relancer un peu mon travail grâce au point d’invincibilité qu’on a construit avec votre aide j’ai pu mettre moi même l’argent qu’il manquait pour terminer les travaux et les arrangements de celui-ci. J’ai acheté ce qu’il manquait et cette semaine on va pouvoir ouvrir finalement les portes de cet endroit autonome en énergie et connexion pour tous ceux qui en ont besoin. Toute aide est bienvenue quand même, parce qu’il y a des frais mensuels et le local sera gratuit pour les gens, mais je verrai comment ça se passe pendant le mois de mars, combien de gens seront venus et tout, si on a toujours besoin d’autres centres comme ça, vu que l’électricité commence à revenir doucement dans les maisons.

Mais je sais que dans la ville de Mykolaiv, il n’y en a toujours pas beaucoup. Il y a quelques jours on a fait venir un camion humanitaire la-bas et on s’est rendu compte que les besoins sont énormes. Les gens la-bas n’ont rien. Absolument rien.

Cette ville a protégé Odessa, aussi bien que toute l’Europe, parce que les russes ne s’arrêteraient pas, de cette invasion pendant ces horribles douze mois de guerre, et on leur doit bien quelque chose. C’est pour ça qu’on commence notre projet « Cafés du Cœur » dans cette ville. L’idée est simple et a été très bien accueillie par les autorités de la ville. Ils ont confirmé qu’en ce moment pour aider les gens, c’est le mieux, qu’on puisse faire. Cette idée vient d’un rêve de mon ami David Ed Carbonell, le fameux boulanger d’Odessa, avec lequel on le fait. On galérait beaucoup avec les camions à chaque fois qu’on arrivait à récolter des palettes pour cette ville et on réfléchissait sur les moyens de devenir autonome. Et c’est Coluche en personne qui lui est apparu dans ce rêve et il a dit littéralement : « Mais tu sais quoi faire ».

Donc, comme dans les Restos du cœur en France, montés à l’époque par Coluche, on va distribuer gratuitement dans nos Cafés du Cœur la nourriture préparée sur place. Il y aura des boîtes déjà faites avec des produits pour enfants et animaux et ces endroits serviront aussi des points d’invincibilité. 100% autonomes.

Vous trouverez plus de détails dans mon blog dans les jours à venir aussi bien que mon troisième rapport à propos du point d’invincibilité à Odessa, que j’ai pu créer grâce à votre aide et votre soutien. Vos e-mails d’ailleurs me font chaud au cœur. Quand on sait qu’il y a des gens qui vous soutiennent, rien n’est impossible. Ça vous rend plus fort, plus intelligent, plus efficace et rapide et c’est aussi pour ça que l’Ukraine a pu passer cette année de guerre sans être prise. Grâce au monde entier, qui s’est réuni pour l’aider et pour la soutenir. Donc, merci. Merci beaucoup. Merci infiniment.

P. S. Photo : début février 2023, sur le chantier de La Résistance.

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