Un russe en Ukraine
Le blog d'Artem SAVART

Un peu de soleil

Je ne vous ai jamais parlé de mon trajet d'il y a presque 4 ans, quand je suis parti de Russie, sans trop savoir si j'allais y revenir un jour.

Je m’étouffais tellement là-bas, que j’ai laissé couler tous mes business, je ne prolongeait même pas les noms de domaine de mes sites, c’était une grosse dépression, dont le traitement m’a aussi coûté pas mal de temps et d’argent après.

En 2018 j’ai été observateur aux soi-disant élections en Russie. Élections de poutine, pas de président. Car aucune alternative n’a jamais été permise par ce régime de bandits. Maintenant beaucoup plus de gens se sont rendu compte, que ce n’est qu’une bande de criminels, qui a envahi mon pays. À quel prix – vous le savez très bien. Et encore, il y a toujours des gens qui leur trouvent des excuses.

Bref, je surveillais, pendant toute la journée. Je n’espérait pas un autre résultat que celui qui a été prévu, mais je n’aurai jamais pensé voir à quel point c’était organisé.

Il y a eu des bus, remplis de gens, qui arrivaient les uns après les autres. Des gens, qui votaient, comme il fallait. On pouvait le deviner, mais je n’ai pas eu à le deviner. Plusieurs gens, m’ont demandé de les prendre en photo, moi observateur, pour faire un rapport à leurs supérieurs sur leurs lieux de travail.

Je n’était pas le seul observateur. Il y en avait deux autres, des collégiens, qui eux par contre ne sont pas venus volontairement. On les a fait venir pour atteindre le nombre nécessaire pour la procédure. Ils étaient tout le temps dans leurs téléphones, pour eux c’était un jours de repos, ils se faisait chier là-bas et bien sûr, ils ne surveillait rien du tout. Ils avaient hâte de signer ce qu’il fallait et de se tirer au plus vite.

C’est là que j’ai compris, que ce pays allait mal, très mal. Vendre sa liberté, quelle honte, quel manque de perspicacité, de logique même, qui n’est pourtant pas très compliquée. Peu de temps après voilà où nous en sommes. 

Tout ceux, qui ne s’en foutaient pas, qui n’ont pas vendu leur liberté, soit ils sont en prison, soit ils sont tués, soit ils se sont enfuits. Et il reste peu de gens sur place qui font de la résistance, qui sont poursuivis même pour une feuille de papier blanc, pour un mot seulement sur les réseaux sociaux.

Alors, ce voyage, que j’ai fait quelque temps après, rien que pour sortir de ce pays dont, j’ai du le sentir, les portes s’enfermaient de plus en plus, je l’ai fait en bus, car je ne voulais surtout pas apparaître dans les aéroports et la base de donnée de la frontière biélorusse ne se synchronisait encore pas avec celle de la Russie. Et entre les deux pays il n’y avait pas de frontière. C’est une issue dont se sont servi beaucoup de gens.

J’ai traversé plusieurs pays, je dormais dans les bus qui me rapprochaient chaque jour, petit à petit, de la France, où on m’a prêté un appartement pour un mois et demi. Qu’est-ce que j’ai été content de poser mes pieds dans la mer à Nice ! J’avais trois heures devant moi avant le dernier bus pour Aix-en-Provence et j’en ai profité pour aller de l’aéroport jusqu’à la plage la plus proche. Je ne me baigne presque jamais dans la mer, je ne sais pas trop nager, mais marcher dans l’eau, s’asseoir les pieds dans l’eau… surtout après une semaine de voyage incessant, je n’oublierai jamais.

Je ne savais pas encore où j’allais m’installer définitivement, je ne me suis pas encore refait au niveau des finances, mais là déjà je savais, que je ne rentrerai pas en Russie.

Comme j’ai déjà visité l’Ukraine plusieurs fois, comme j’avais beaucoup d’amis un peu partout dans ce pays et comme je suivais depuis 2014 les actualités, espérant que son exemple pouvait aussi contaminer, dans le bon sens du mot, les gens en Russie par cette liberté, cette volonté, après mon séjour en France, je me suis dirigé vers la frontière Ukrainienne, du côté de Pologne.

C’était la seul fois depuis 2014 où je n’ai pas été embêté par la police d’immigration avec mon passeport russe. Je l’ai considéré comme un signe. Un autre bon signe. Il faisait beau ce jour-là. Dès que j’ai passé la frontière, j’ai senti, que je pouvais à nouveau respirer librement et que ma nouvelle vie commençait.

Je me suis souvenu de tout ça quand je suis sorti de chez moi et dehors il faisait tellement beau, tellement chaud. Je sais, que ce n’est pas encore l’été et on n’en aura que pour quelques jours et après il va encore faire froid, avant que le soleil se met à l’aise, mais ce petit coup de soleil m’a donné de l’espoir. 

Depuis toujours, le soleil se lève chaque jour, malgré tout. Depuis toujours l’hiver et le froid sont chassés régulièrement par le beau temps. Et ça m’a aussi fait chaud au cœur de savoir que cette nuit les drones ont attaqué Kremlin. Soit ils sont ukrainiens les drones, soit ils sont plutôt lancés par la résistance intérieure, ce n’est pas très important.

Il y a 14 mois, ils voulaient envahir l’Ukraine en trois jours, ces bandits. Ils n’ont pas pu. Ils ne le pourront pas, parce qu’ils ne savent pas ce que c’est que la liberté. C’est un mot, pour lequel on est souvent mis en prison en Russie. Et ce le mot, qui va devenir leur prison à eux. Très bientôt. Sur tous les écrans. Réservez vos places.

Et alors que les Ukrainiens et la résistance intérieure en Russie attaquent les criminels, l’armée russe continue à attaquer les civils. Ils n’ont pas de succès au front, et ils tuent les innocents, l’annonçant après dans leurs médias propagandistes, qu’ils ont bien visé ce qu’il voulaient. Quelle bande de connards !

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